dimanche 18 décembre 2011

Démocratie et droits de l'homme comme nouvelles stratégies de domination de l'Afrique par l'Occident ?

L'intervention militaire brutale de l'Occident en Libye s'est faite au nom de la défense et de la promotion de la liberté des peuples, de la démocratie et des droits de l'homme. N'est-ce pas en effet faire une noble entreprise que de promouvoir de tels valeurs et d'aider les peuples à les défendre pour en jouir pleinement ? Notre monde ne se porterait-il pas mieux si toutes les nations et tous les peuples faisaient une vraie promotion de la démocratie, des libertés et des droits de l'homme ? Les dictateurs africains sont inexcusables. Ils prennent impunément en otage leur peuples en les privant de liberté et de dignité. Ils exploitent, pillent et tuent. Par leur incapacité à apporter un leadership approprié, ils maintiennent la majorité de leur population dans la pauvreté et la misère. Les enlever serait légitime, souhaité et applaudi. Mais la mise d'un terme à leur pouvoir par l'Occident soulève quelques questions et laisse planer dans les consciences africaines des doutes quant aux vraies motivation de l'Occident. Le premier questionnement émane logiquement de la prise en compte des relations passées que le monde Occidental a eu avec le monde africain. Ces relations passées ont été de nature violentes, injustes, immorales. Elles furent dominées par la recherche des intérêts et par le désir de puissance.La traite des esclaves et la colonisation ne furent jamais motivés par un vraie désir d'émancipation du peuple africain. Elles furent unilatérales, contrôlées et imposées par le plus fort. En effet, la plupart des pays colonisés d'Afrique ont aujourd'hui moins de 60 ans d'indépendance. Le processus de leur décolonisation ne fut pas simple. Les indépendances ont été acquises par des luttes de tous genres y compris des luttes armées. C'est dire que l'Occident n'a pas toujours choisi de bon cœur d'accorder l'indépendance aux pays colonisés. Même après les indépendances, les rapports que le monde occidental entretient avec l'Afrique sont en général déséquilibrés. Économiquement et militairement puissant l'Occident est resté aux commandes. C'est eux qui directement ou indirectement font et défont les rois. Ils écartent ceux qui ne se rangent pas mais entretiennent et fréquentent ceux qui leur garantisse leurs intérêts économique, politique et stratégique. Leurs choix de politique africaines sont inspirés et orientés par des intérêts internes et non prioritairement sur les préoccupations profondes de démocratie et les liberté des peuples africains. Le deuxième questionnement vient de l'attitude toujours constante de l'Occident riche face à l'extrême pauvreté matérielle de l'Afrique. Si l'Occident se préoccupait profondément du bien-être des africains, ils investiraient davantage dans les efforts d'aide au développement.Or malgré la richesse des nations occidentales, l'aide au développement reste marginale et limitée. Malgré les promesses répétées, les nations occidentales ne délivrent pas leurs promesses ou le font à un niveau peu suffisant pour résoudre de manière durable les méfaits de la pauvreté. Au niveau du commerce international, la fixation des prix des matières premières se fait non selon une logique de prise en compte du désir et de l’impérieuse nécessité de croissance et de développement des pays africains mais suivant les lois du marché fortement contrôlé par les puissances occidentales. Ces puissances savent qu'elles ont pris de l'avance sur l'Afrique en matière technologique mais elles continuent à vouloir à ce que l’Afrique joue sur leur rythme de concurrence. D'où vient donc que le monde occidental se mette à se préoccuper des questions de liberté et de droits de l'homme en Afrique au point de faire usage des moyens militaires pour se débarrasser des dictateurs africains ? Pourquoi fut-il muet pendant des décennies ou resté longtemps complice des dictateurs corrompus maintenus intentionnellement au pouvoir ? Il continue d'ailleurs d'entretenir des relations iniques avec certains dictateurs toujours en place qu'il soutien ? Certains dictateurs sont au pouvoir depuis plusieurs décennies et y restent en défiant leur peuple sans la moindre inquiétude. L'attitude de l'Occident en Libye nous semble étonnante. Aurait-il changé si brutalement pour devenir champion de la défense de a démocratie et des libertés ? Il est certes permis de croire qu'une transformation radicale et une accélération de l'émancipation des consciences Occidentales se soient produite en si peu de temps. C'est le souhait de tous que les temps changent et que les populations faibles maintenues sous les dictatures soit protégées. Mais le changement exprimé par l'Occident reste encore peu convainquant car il n'a pas commencé à la bonne place. En optant par la violence et par des interventions militaires faites sans la caution des pays africains dans leur majorité, malgré la pertinence des interventions et les exigences historiques de responsabilité occidentale mises en avant, l'intervention occidentale n'a pas convaincu. Plutôt que de voir dans cette intervention la prise en compte d'une nouvelle perspective historique ou d'un ordre nouveau dans les relations internationales, beaucoup d’Africains y voient une autre expression de l'arrogance et des désirs de puissance de l'Occident. En effet, comment ne pas douter des motivations de l'Occident voulant s'ériger en la championne de la défense des droits des peuples quand on sait qu'il ne se soit jamais repenti de ses actions passées peu glorieuses en Afrique ? La démocratie à l'Occidentale reste une démocratie comme aux contours obscurs. Elle semble être utilisée dans bien de cas comme prétexte pour mieux contrôler le monde et en tirer des profits stratégiques, politique, économique et militaire. Elle cherche à imposer une vision du monde unique et unilatérale sans laisser un espace de dialogue ouvert et de questionnement propice à l'enrichissement des expériences et des expressions démocratiques en leur nuances. L'on a toujours l'impression que tout questionnement de la vision occidentale de l'expression démocratique par une d'autres cultures est critiquée, diabolisée voire ridiculisée. En effet, lorsqu’on se permet de gratter là où ça démange on découvre tapi sous le vernis de sa rhétorique de la recherche de valeurs universelles une soif de contrôle du monde pour en tirer des intérêts militaires, économiques et stratégiques. Par exemple comment répondre à la question morale posée par les dépenses effarantes liées aux entreprises de guerre (guerre du golf, Irak, Afghanistan, Libye)? En Irak, l'on a fait la guerre en y dépensant des sommes colossales mais les armes de destruction massives ne seront jamais trouvées. Or l'allocation d'une petite partie de ces budgets de guerre pouvait soulager tant de pauvres de leur pauvreté, réduire considérablement les risques de guerre qui souvent sont amplifiées par la pauvreté. Mise à la disposition des peuples en détresse, investis das des initiatives de recherche active et pacifique de la démocratie, ces budgets alloués aux dépenses aurait fait plus de bien en progressant la liberté que ces guerre ayant englouties des milliards de dollars sans résultats durables. En faisant usage d'une rhétorique des valeurs universelles de liberté,de justice et de droits de l'homme pour justifier ses actions même violentes, l'Occident ne serait-il pas toujours en train de poursuivre subtilement son aventure et son entreprise de domination ?

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